La fatigue de compassion chez les défenseurs de la cause animale

Avoir de la compassion pour les humains et les animaux est une belle chose, mais cela peut parfois avoir un impact négatif sur notre santé. En effet, en tant que végane ou activiste pour la cause animale, on se retrouve sujet à la fatigue de compassion.

Qu’est-ce que la fatigue de compassion?

En quelques mots, il s’agit d’un épuisement psychologique qui survient suite à une exposition à des situations difficiles, voire traumatisantes. Des situations que nous avons vécues, vues ou entendues à répétition et devant lesquelles nous nous sommes retrouvés impuissants, bien souvent. Les symptômes de la fatigue de compassion ressemblent à ceux d’un burn-out : se sentir dépressif, irrité, submergé, fatigué physiquement et psychologiquement entre autres.

En étant témoins de l’exploitation des animaux et des souffrances qu’ils subissent, les véganes et les militant.es peuvent ainsi être affectés par le sort des animaux – par exemple, en étant constamment confrontés à des images ou des vidéos graphiques, en lisant sur le bien-être animal et des cas de cruauté, ou simplement en réalisant que nous vivons dans un monde où l’exploitation animale est partout autour de nous.

Pour ma part, cet état s’est installé tranquillement, sans que je m’en rende compte, pendant l’année 2017. Je travaillais au département des enquêtes et inspections à la SPCA, j’y étais aussi bénévole comme marcheuse de chiens. J’adorais cela, j’étais entourée d’animaux et de collègues que j’aimais. Mais, dans le cadre de mon travail, j’étais confrontée à des cas de cruauté animale, des situations de négligence et des animaux en détresse. J’ai même accompagné à quelques reprises des animaux jusqu’à leur dernier souffle. Parallèlement au travail, j’étais en pleine rédaction de mon livre, qui me demandait un important travail de recherche sur l’expérimentation animale notamment, et je bloguais sur ce même thème. La cruauté animale raisonnait partout dans ma vie!

Un sentiment de déprime s’est installé, puis une grande tristesse qui m’empêchait de bien fonctionner dans mes activités quotidiennes. Puis, j’ai craqué. Je me sentais ensevelie sous le poids de la souffrance animale que je portais sur mes épaules.

J’ai réalisé que je n’aidais pas plus la cause en ne prenant pas soin de moi et j’ai dû prendre du recul et du repos de mon militantisme. Après une longue réflexion, j’ai pris la décision de quitter mon emploi à la SPCA. C’était une décision difficile mais qui était nécessaire pour ma santé mentale.

Depuis, je tente de rétablir un équilibre entre mon engagement pour la cause et les autres trucs que j’aime dans la vie; je suis maintenant convaincue que d’accorder une importance à notre propre bien-être fait de nous de meilleurs activistes par la suite.

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Voici quelques trucs qui peuvent aider à prendre soin de soi en tant que défenseur de la cause animale :

  1. Ne pas perdre de vue nos autres passions Que ce soit les arts visuels, la musique, la lecture, un sport ou faire de la popotte, nous avons toutes et tous des activités qui nous allument, il faut leur faire de la place!
  2. Se désabonner des pages qui montrent toujours des images graphiques ou qui ont un ton moralisateur
    Sans nier la réalité, nous ne sommes pas obligés de regarder constamment des vidéos ou des images choquantes pour être de bons activistes. Se désabonner temporairement de certaines pages peut être bénéfique! Pour nous faire sourire, on peut aussi s’abonner à des pages qui partagent majoritairement des histoires positives comme The Dodo.
  3. Mettre notre énergie à la bonne place
    Choisir de ne pas argumenter dans une discussion pimentée ne nous rend pas moins véganes. Il faut reconnaître nos limites et choisir où l’on met nos énergies. Personnellement, j’ai choisi de ne plus argumenter sur les réseaux sociaux avec les gens fermés ni même la police végane. Il y aura toujours des gens qui verront que le négatif. Moi, je tente de voir le positif dans ce monde imparfait.
  4. Reconnecter avec les animaux
    C’est bon de se rappeler pourquoi nous défendons la cause animale et d’entendre des histoires qui finissent bien! Visiter un sanctuaire pour animaux rescapés permet d’établir un contact direct avec des animaux et d’avoir un aperçu de ce à quoi ressemble la liberté. C’est beau à voir et cela fait du bien! Voici trois sanctuaires pour animaux rescapés près de chez nous :  SAFE, en Estrie, et pas très loin en Ontario, le Penny Lane Farm Sanctuary et le Refuge RR.

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Images de couverture : We Animals