Vivre sans cruauté

Canada Goose nous prend pour des cons…ou presque

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Une boutique Canada Goose a ouvert ses portes à Montréal, alors que les plus grands noms de la mode renoncent à la fourrure les uns après les autres.

C’est dommage. Non seulement Canada Goose encourage la mort de milliers d’animaux à chaque année, mais elle justifie ses pratiques en utilisant des arguments nébuleux et faussés.

Je crois qu’il est important de mettre un peu de lumière là-dessus, puisque l’entreprise canadienne continue d’accroître sa clientèle, malgré le coût élevé de ses manteaux et plusieurs scandales entourant le bien-être des animaux.

Je vous propose de démystifier quatre énoncés tirés du site web officiel de Canada Goose, pour démontrer la vraie nature de cette entreprise et mieux comprendre le contexte actuel de l’industrie de la fourrure. Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin, je vous invite à lire cet article de l’organisme The Fur-Bearers, qui s’intéresse également à la question.

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Argument de CG :  « La vraie fourrure est un produit naturel, biodégradable et écologique alors que la fausse fourrure ne l’est pas. »

Faux. La production de vraie fourrure n’est pas écologique. Déjà, il faut ajouter une nuance : Canada Goose utilise de la fourrure de coyotes trappés, une pratique qui ne représente pas bien l’état actuel de l’industrie de la fourrure. Au Canada, 85% de la fourrure qui est produite provient de fermes d’élevage, des productions qui sont néfastes pour l’environnement : gaspillage de ressources, d’eau, grande quantité de C02 rejetée dans l’atmosphère, etc. De plus, la préparation de la fourrure utilisée pour les garnitures des manteaux nécessite plusieurs agents chimiques et toxiques comme le formaldéhyde et le chrome, qui sont utilisés pour stopper le processus de bio-dégradation. D’autres acides et teintures sont également utilisées pour la finition des fourrures. Il faut aussi savoir que la production d’un manteau de vraie fourrure requiert 20 fois plus d’énergie que celle d’un manteau de fourrure synthétique et que par rapport aux autres textiles comme le coton ou le polyester, la fourrure a un impact écologique négatif plus important dans 17 des 18 critères environnementaux, dont les changements climatiques et les émissions toxiques.

Finalement, rappelons-nous que l’enveloppe des manteaux Canada Goose est composée de matériaux synthétiques, essentiellement du polyester et du nylon – des produits issus de l’industrie du pétrole. Tiens tiens… cela n’est pas si différent que tout les autres manteaux finalement.


Argument de CG :  « Nous pensons que tous les animaux doivent être traités de façon humaine – pendant leur vie et lors de leur mort. Les animaux dont nous utilisons les matériaux ne sont pas soumis à de mauvais traitements. »

L’industrie de la fourrure et Canada Goose voudraient bien nous faire croire que les pièges utilisés pour la trappe des animaux sont sécuritaires et sans cruauté, mais rien de plus faux! Que veut dire le terme « tué de façon humaine» dans ce contexte-ci? On sait pas trop. Il semblerait que le terme soit utilisé à des fins marketing, pour donner bonne conscience aux consommateurs et consommatrices. Dans les faits, environ 750 000 animaux sont trappés annuellement au Canada et les pièges utilisés leur infligent bien évidemment de la souffrance! Les principaux pièges utilisés sont : le piège à lacet qui vise à serrer le cou de l’animal pour l’étrangler; le piège de type Conibear, constitué de deux lames et qui tue l’animal en lui brisant les vertèbres cervicales; et le piège à mâchoire, un piège qui est interdit dans plusieurs pays en raison de la souffrance qu’il inflige mais qui demeure communément utilisé pour le trappage au Canada. Tous ces pièges sont conçus et mis en place de sorte que l’animal ne puisse s’en échapper. Lorsqu’ils ne sont pas tués sur le coup, les animaux se retrouvent prisonniers et doivent attendre plusieurs heures, voire des jours, avant que le trappeur reviennent sur les lieux pour les achever. Dans cet intervalle, ils se retrouvent exposés aux intempéries et vulnérables à d’autres prédateurs, souffrant de faim et des blessures causées par le piège ou de celles qu’ils s’infligent eux-mêmes pour tenter de se déprendre. Sans cruauté, dites-vous? Sans compter que ces pièges ne font aucune discrimination entre les animaux qui les déclenchent. Des animaux non ciblés se font souvent prendre dans ces pièges.

Pour ce qui est du duvet, le portrait n’est pas mieux. Le duvet utilisé par Canada Goose provient d’oies d’élevage. On maximise leur rentabilité en les déplumant, tout simplement. Rappelons-nous que les élevages industriels soulèvent eux aussi bien des questions éthiques : confinement et entassement des animaux, mutilations, souffrances lors du transport et lors de l’abattage, etc.  De plus, l’an dernier, une vidéo d’une infiltration à la caméra cachée (avertissement d’images graphiques) avait révélé de la cruauté animale chez un fournisseur de duvet de Canada Goose.


Argument de CG :  « Nous utilisons le duvet car c’est le meilleur isolant au monde. »

Faux. D’autres matériaux peuvent très bien nous tenir au chaud, autant sinon plus que le duvet. Nous n’avons qu’à penser au PrimaLoft, par exemple, un matériau isolant en microfibres synthétiques, développé à l’origine pour la marine américaine. Aujourd’hui, les plus grandes marques de vêtements d’extérieur mettent de l’avant cette technologie qui est à la fois isolante et imperméable. Une autre option intéressante pour les grands froids est l’isolation avec la fibre végétale d’asclépiade qui gagne en popularité depuis la dernière année et qui provient des champs du Québec!


Argument de CG : « Porter de la fourrure est un choix personnel. Nous aimerions que les militants de la cause animale respectent ce choix. »

Porter de la fourrure n’est pas un choix personnel lorsque celui-ci implique de faire souffrir et de tuer des animaux pour une simple garniture de manteau de luxe. Car soyons honnêtes, la fourrure utilisée par Canada Goose sert surtout de décoration. Canada Goose nous dit que le col de fourrure sert à nous tenir bien au chaud en nous coupant du vent. Seulement, pas besoin de tuer des animaux pour cela. La fourrure synthétique et les autres technologies isolantes sont très efficaces pour nous garder au chaud dans notre quotidien.

En plus de miser sur des pratiques cruelles, la compagnie produit des manteaux qui ont un prix très élevé et qui ne sont pas accessibles pour une vaste majorité de la population. La marque utilise ce moyen pour restaurer l’idée selon laquelle c’est cool de porter de la fourrure, c’est avoir du goût et c’est surtout démontrer qu’on appartient à une classe de gens qui a les moyens de se l’offrir.

Finalement, rappelons-nous que l’industrie de la fourrure et les entreprises qui l’utilisent, veulent nous faire croire que les coyotes sont des animaux non désirables, trop nombreux et dangereux. Pourtant, les coyotes sont des animaux très intelligents et sociaux. S’ils sont de plus en plus près des villes, c’est d’abord et surtout en raison de la présence des humains dans leur habitat. Dans le cadre de mes récentes recherches, j’ai eu le plaisir de correspondre avec Julie MacInnes, responsable de campagne Animaux de la faune pour la Humane Society International – Canada. Elle m’expliquait que les coyotes sont très importants pour conserver un équilibre entre proies/prédateurs dans la nature et qu’il existe plusieurs façons pacifiques et pratiques d’assurer une cohabitation harmonieuse entre les animaux sauvages, les autres animaux (animaux de ferme, par exemple), et les humains.


Je me pose sérieusement la question : qui achète un manteau Canada Goose, en 2018, maintenant que nous savons ce que sa production implique en terme de souffrance animale et de pollution? Sachant également qu’il existe plusieurs solutions de rechange pour se tenir au chaud pendant la saison froide, des options qui sont plus éthiques, ne serait-il pas temps que nous cessions d’utiliser les animaux comme des ressources?

D’ailleurs, plusieurs grands noms de la mode ont récemment cessé d’utiliser de la fourrure pour leurs collections : Jean Paul Gaultier, Gucci, Burberry, Versace, Armani, pour n’en nommer que quelques-uns. Nous ne pouvons qu’espérer que Canada Goose soit à l’écoute des consommateurs.trices et emboîte le pas vers des pratiques plus éthiques.

Je vous invite à prendre action vous aussi et à sensibiliser les gens autour de vous en les encourageant à faire des choix vestimentaires sans produits d’origine animale.

Voici quelques ressources pratiques pour en apprendre davantage sur le sujet :

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